Proudly Vegetarian

" Soyons subversifs. Révoltons nous contre l'ignorance, l'indifférence, la cruauté qui d'ailleurs ne s'exercent si souvent contre l'homme que parce qu'elles se sont fait la main sur les animaux. " Marguerite Yourcenar

11 janvier 2009

Le spécisme est-il juste?

Le texte ci-dessous est la conclusion d'une présentation concernant la place des animaux dans notre société faite le 5 août 2003 lors de la 2ème édition des Estivales de la question animale. Vous trouverez toute la retranscription ici. C'est très intéressant et bien mené.

"A la question, "le spécisme est-il juste ?", ma réponse est que le spécisme :

- est une forme de discrimination injustifiée, et donc de ce point de vue très similaire au racisme ou au sexisme,

- qu'il est de plus en plus incompatible avec les données de la science, en terme de comprendre ce qu'est un être sensible et de voir que beaucoup d'animaux sont des êtres sensibles,

-qu'il est en contradiction avec notre morale la plus élémentaire, ne serait-ce que de ne pas faire aux autres ce qu'on ne voudrait pas qu'on nous fasse,

- et qu'il justifie des pratiques, qui, quand on les regarde, comme par exemple la castration de ce porcelet pour améliorer le goût de la viande, sont instinctivement révoltantes, injustes.

Ou, tel que le dit Peter Singer (dans la vidéo 'In Defense of Animals - A Portrait of Peter Singer') : "La souffrance ça reste de la souffrance, et c’est un mal, que ce soit vous qui souffrez, un ami de vous, quelqu’un d’un autre pays, quelqu’un d’une autre race, ou un individu d’une autre espèce. La souffrance ça reste de la souffrance. Vous ne devez pas ignorer la souffrance, vous ne devez pas minimiser la souffrance, vous ne devez pas penser que la souffrance ne compte pas, sous le prétexte que l’être qui souffre n’est pas humain". (...)

Comment expliquer que le spécisme soit encore aussi présent dans les esprits ? Il est autour de nous partout, tout le temps. Dans la publicité par exemple. Quand j'ouvre ma boite aux lettres, je tombe sur des prospectus de supermarchés comme celui-ci qui présente des oranges ici et des morceaux d'animaux là, comme si ces produits étaient de même nature.

                           LeaderPrice

Cet autre prospectus, d'une certain façon, évoque tout de même l'animal qui existait avant la viande : il y a marqué que pour 1,49€ le kilo, c'est un "demi-porc avec tête sans cervelle, ni langue". Cela c'est tous les jours quand on ouvre sa boite aux lettres.

                Attac

(...) Dans ce livre-là, 'Petits tracas et gros soucis de 1 à 7 ans', un livre pour les parents qui ont des difficultés avec leurs enfants, on y dit notamment :  "Il refuse de manger les pauvres animaux que vous osez lui donner à manger ? Depuis qu'il connaît la provenance de la viande et du poisson, il trouve cela «dégoûtant»... Ne paniquez pas. Votre enfant fait sa crise de végétarien ce qui arrive à beaucoup d'enfants qui se posent des questions sur la mort. […] inutile de créer un drame. Voila ce que vous pouvez lui dire : «C'est vrai que l'homme peut manger l'animal, mais l'animal ne peut pas manger l'homme.»" Si je comprends bien la morale sous-jacente, c'est "on ne doit pas faire du mal aux autres, sauf si ceux-ci ne peuvent pas se défendre"…

"Nous les hommes, ne mangeons pas n'importe quel animal, nous ne mangeons jamais celui que tu connais et que tu aimes beaucoup. Aucun homme ne mange les animaux et compagnons de l'homme. Nous mangeons des animaux élevés pour nourrir des hommes. Des animaux qui n'ont pas une famille comme toi, qui n'ont pas d'histoire, pas de souvenir. L'homme a des sentiments, une pensée, l'animal n'a qu'un instinct. Il ne parle pas. " 

A l'enfant qui, un petit peu plus conscient des réalités, dit, en faisant référence au Roi Lion : " « oui mais le bébé lion il est très triste quand son papa lion il meurt », répondez  « peut-être, mais tu sais bien que ce n'est pas pour de vrai que c'est une histoire inventée » ". Dès l'enfance, nous sommes conditionnés à trouver normal que les animaux soient là pour nous servir, conditionnés à ignorer leurs intérêts, leurs émotions, leurs souffrances, conditionnés à trouver normal qu'ils soient enfermés et tués à notre convenance. 

Voici un autre exemple de conditionnement des enfants au travers de cette visite d'un élevage industriel de cochons pour les enfants d'une école primaire (photos issues du site Internet de l'éleveur).

visite0003aCommentaire (du site de l'éleveur) :
"Beaucoup d'enfants n'avait jamais vu, et encore moins touché de cochons vivants. Après quelques hésitations ..."

visite0007a"Le porc, ça s'élève, mais ça se mange aussi ; alors, grillades pour tout le monde."

Le commentaire qui accompagne la photo du barbecue organisé à l'issue de cette visite laisse imaginer que les explications qui accompagnaient la vue des truies en stalle ne concernaient sans doute pas la manière dont les besoins de ces êtres sensibles sont frustrés lorsqu'ils sont enfermés dans ces cages. Notons que la visite de l'abattoir ne faisait pas partie de la journée non plus. 

Ces enfants sont à leur tour, comme nous l'avons tous été, conditionnés à accepter l'exploitation et l'abattage des animaux sans que la question de la légitimité de ces pratiques ne leur soient jamais posée.  (...)

Le canal par lequel le spécisme se propage le plus, c'est évidemment, comme le dit ce transparent : "à la maison tous les jours où Papa/Maman, qui m’aime et qui est un modèle pour moi, pour mon bien me donne à manger des animaux qui ont été élevés et tués pour que je mange leur corps".  Ainsi, cette idée qu'un intérêt vital d'un animal compte moins que le plus petit des intérêts humains, se transmets des parents aux enfants, comme tout composante de notre culture. (...)

A ceux d'entre vous qui découvrez l'ampleur de l'exploitation animale, je fais une simple requête. Si il n'y avait qu'une chose à retenir de ce que j'ai dit, je souhaiterai que ce soit sous forme de deux questions. Je voudrais qu'à chaque fois que vous voyez un animal utilisé par des hommes, que vous vous demandiez si :

-Premièrement, ce qu'on fait est dans l'intérêt de l'animal

- Deuxièmement, s'il semble que ce ne soit pas dans son intérêt, que vous vous demandiez s'il y a une véritable justification à lui faire cela.

- Une véritable justification, c'est-à-dire une justification autre que de dire qu'il n'est pas de la même espèce que nous.

Pour que vous ne disiez plus "on peut les utiliser ainsi, on peut leur faire cela, parce que ce ne sont que des animaux", comme d'autres disaient en d'autres temps : "parce que ce ne sont que des Noirs". Car si on repense à ce qui est fondamentalement révoltant dans l'esclavage des humains, ce n'est pas, comme cela est souvent dit, que les esclaves humains soient traités comme des animaux. (...)

Mais ce qui rend révoltant l'esclavage des humains, pourquoi cela deviendrait-il acceptable lorsque la victime est un animal ?  Si, comme il est venu pour moi, vient pour vous le moment ou vous n'arriverez plus à cultiver l'indifférence face à l'esclavage de ces milliards d'animaux, lorsque vous n'arriverez plus à justifier le massacre quotidien de ces millions d'individus pour la satisfaction de nos intérêts les plus dérisoires, alors peut-être penserez-vous comme moi que cette exploitation est indigne du niveau de civilisation que nous prétendons avoir atteint, et doit être abolie."

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24 septembre 2008

Sexisme et spécisme dans les contes de fée

Je reprends ici un excellent article sur le sexisme et spécisme dans les contes de fée. A lire absolument sur Au pays de l'Utopie. Vous trouverez l'analyse du Chaperon Rouge et du Petit Poucet ainsi qu'une réecriture de ces contes.

"La création littéraire, dont l’une des fonctions est de proposer des solutions à des conflits ou à des contradictions sociales, relève toujours d’un acte idéologique de l’auteur, dans un contexte de société déterminé. La littérature enfantine, et surtout les contes, ne fait pas exception à cette règle,(...) presque tous les critiques qui ont étudié l’émergence de cette littérature en Europe s’accordent à reconnaître que les auteurs ont assimilé un matériel traditionnel (le conte oral) en l’adaptant au contexte social dans lequel ils évoluaient, aux mœurs, pratiques et valeurs de leur époque, et ce pour amener les enfants à s’intégrer dans les codes sociaux en vigueur. 

Au cours des siècles, les contes et leurs symboles ont été remaniés, transformés, dotés de nouvelles significations, utilisés pour critiquer mais surtout, pour légitimer le pouvoir en place et les normes de la société, de telle sorte que les manières et les mœurs des jeunes se conforment aux normes et aux attentes de l’idéologie dominante, jusqu’à se fondre en elle une fois devenus adultes.

Le conte de fée est un discours institutionnalisé à part entière qui inclut, parmi ses composantes, la manipulation. Des contes de Perrault, de Grimm et d’Andersen aux grandes productions de Walt Disney, reflet de l’industrie culturelle contemporaine, il est aisé de reconnaître la volonté sous-jacente des auteurs d’imposer au lecteur (téléspectateurs) des modèles à vivre, des manières de penser, et de les amener, sans qu’ils s’en aperçoivent, à considérer les valeurs admises par la majorité comme intrinsèquement bonnes pour eux-mêmes et pour les autres, et tout ce qui s’y oppose comme contraire au bien général.

Les contes traditionnels oraux, à partir desquels se sont constitués les contes littéraires dès le 16ème siècle, transmettaient une mythologie matriarcale, où les rôles principaux étaient tenus par des femmes. De la fin du 15ème à la fin du 17ème siècle, les efforts combinés de l’église catholique, de la réforme protestante et des pouvoirs en place ont abouti à transformer radicalement la vision du monde que véhiculaient les contes traditionnels oraux. La femme, figure maîtresse des contes oraux, fut évincée au profit de nouveaux modèles masculins: la «marraine» devint une sorcière, une fée démoniaque ou une marâtre, la «jeune princesse» active et déterminée devint un jeune homme, les lignées maternelles firent place à des lignées paternelles. L’intelligence, le courage et l’adresse sont désormais l’apanage des hommes, que couronnent succès social et faits d’armes. Considérée comme inapte à contrôler ses instincts naturels et ses pulsions, la femme n’a que la beauté pour elle. Si elle prend la parole, c’est pour mieux signifier sa soumission et son seul objectif doit être le mariage, sommet de l’accomplissement féminin. De nombreux contes illustrent ce changement de perspective, pour ne citer qu’eux, pensons à Cendrillon, obéissante et effacée, dont la beauté et l’humilité exemplaire lui valent d’être remarquée par le Prince et d’être épousée. Ou à Blanche-Neige, recueillie par les nains à la seule condition qu’elle devienne leur bonne à tout faire, jusqu’à ce que le Prince paraisse et la récompense de sa discrétion et de sa serviabilité par les épousailles.

L’analyse des contes littéraires et de leur évolution au fil des réécritures révèle, outre des éléments sexistes, une modification des relations qu’entretiennent les humains avec les animaux. A partir d'un matériel traditionnel qui met en scène la vie des animaux en parallèle avec celle des hommes, les réécritures s'efforcent de rendre compte, et surtout, de légitimer, les relations de domination que nous entretenons à l'égard des autres animaux.

Qu'il s'agisse de justifier la chasse, comme dans le Petit chaperon rouge, ou la consommation de viande, dans le Petit poucet de Perrault, rien n'est laissé au hasard. Les contes littéraires prennent en charge la délicate mission d'amener l'enfant, empreint de bienveillance à l'égard des animaux et dont il se sent proche à beaucoup d'égards, à réaliser et à accepter l'utilisation et l'exploitation que l'homme en fait.

                                    petit_poucet

Un extrait de l'analyse du Petit Poucet:

"L’épisode qui suit le retour au foyer des parents esseulés se révèle à ce sujet particulièrement intéressant. A peine revenus de la forêt, ils reçoivent par hasard 10 écus qui leur étaient dûs, et sur l’heure, le bûcheron envoie sa femme à la boucherie, où elle acheta beaucoup trop de viande qu’il n’en fallait pour le souper de deux personnes. Le besoin de manger de la viande, beaucoup de viande, que les parents ressentent juste après avoir abandonné leurs enfants, n’est pas anecdotique, ni accidentel. S’ils mangent de la viande, c’est pour étouffer l’état de tension considérable dans lequel leur acte les a plongés et qui les a profondément fragilisés, tant sur le plan personnel (ils ont échoué dans leur rôle de parents) que social. Leur acte en effet les a momentanément placés en marge de la société, et tout naturellement, ils éprouvent le besoin de réintégrer le groupe et pour cela, de sacrifier à l’ordre établi, qui régit les relations que nous entretenons les uns avec les autres. Or notre société repose sur une structure hiérarchique basée sur la domination et l’obéissance à un leader, dont la consommation de viande, qui implique la torture et la mise à mort des animaux, représente l’échelon le plus bas: si l’homme en effet domine la femme, le patron ses employés, le riche le pauvre, l’adulte l’enfant, tous peuvent, en revanche, jouir de l’oppression exercée sur les non-humains.

Envoyer sa femme à la boucherie, dans ce cadre-là, et se gaver ensuite de viande, résulte du besoin de se rassurer au sortir de cette expérience hautement traumatisante, et de retrouver au sein de l’ordre social, son statut de dominant."

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26 août 2008

« L'égalité animale expliquée aux humain-es » de P. Singer

Ce texte est un extrait de « L'égalité animale expliquée aux humain-es » de Peter Singer. Ayant coupée de nombreux passages je vous conseille de le lire en intégralité ici en format PDF.

  • La thèse de l'égalité animale

Ces dernières années, un certain nombre de groupes opprimés ont mené des campagnes vigoureuses pour conquérir l'égalité. L'exemple classique est le mouvement de libération des Noirs, qui réclame la fin des préjugés et discriminations qui ont fait des Noirs des citoyens de seconde catégorie. L'attrait immédiat que ce mouvement a exercé, ainsi que le succès initial, bien que limité, qu'il eut, en ont fait un modèle pour d'autres groupes opprimés. On vit alors apparaître les mouvements de libération des Américains du Nord hispaniques, des homosexuels, et de diverses autres minorités. Quand un groupe majoritaire — celui des femmes — se mit en campagne, certains pensèrent qu'on était arrivé à la fin du chemin. Il a été dit que la discrimination sexuelle était la dernière forme de discrimination universellement acceptée et ouvertement pratiquée, y compris dans ces milieux progressistes qui, longtemps, se sont vantés de leur absence de préjugés à l'encontre des minorités raciales.

Il vaut mieux toujours se garder de parler de « dernière forme de discrimination ». S'il n'y avait qu'une seule chose à retenir des mouvements de libération, ce devrait être la difficulté qu'il y a à prendre conscience des préjugés cachés que peuvent receler nos attitudes envers des groupes particuliers, tant que ces préjugés ne nous sont pas mis sous les yeux par la force.

Un mouvement de libération implique un élargissement de notre horizon moral, ainsi qu'une extension, ou une réinterprétation, du principe moral fondamental d'égalité. (...) Le but des militants de la libération animale est de nous inciter à opérer ce retournement mental dans le regard que nous portons sur nos attitudes et pratiques envers un très grand groupe d'êtres : envers les membres des espèces autres que la nôtre. En d'autres termes, ces militants réclament que nous étendions aux autres espèces ce même principe fondamental d'égalité que la plupart d'entre nous acceptons de voir appliquer à tous les membres de notre espèce.

Une telle extension est-elle vraiment plausible ? Est-il possible de prendre vraiment au sérieux le slogan de La ferme des animaux de George Orwell : « Tous les animaux sont égaux » ?

(...) Si le fait pour un humain de posséder un degré d'intelligence plus élevé qu'un autre ne justifie pas qu'il se serve de cet autre comme moyen pour ses fins, comment cela pourrait-il justifier qu'un humain exploite des êtres non humains ?

Beaucoup de philosophes ont proposé comme principe moral fondamental l'égalité de considération des intérêts, sous une forme ou une autre ; mais peu d'entre eux ont reconnu que ce principe s'applique aussi bien aux membres des autres espèces qu'à ceux de la nôtre. Bentham fut parmi les rares qui virent cela. Dans un passage tourné vers l'avenir, datant d'une époque où les esclaves noirs étaient encore traités dans les colonies britanniques à peu près comme nous traitons aujourd'hui les animaux non humains, Bentham déclara : "Le jour viendra peut-être où le reste de la création animale obtiendra ces droits que seule la main de la tyrannie a pu lui refuser. Les Français ont déjà découvert que la noirceur de la peau n'est en rien une raison pour qu'un être humain soit abandonné sans recours aux caprices d'un bourreau. On reconnaîtra peut-être un jour que le nombre de pattes, la pilosité de la peau, ou la façon dont se termine le sacrum sont des raisons tout aussi insuffisantes pour abandonner un être sensible à ce même sort. Et quel autre critère devrait-on prendre pour tracer la ligne infranchissable ? Est-ce la faculté de raisonner, ou peut-être la faculté de discourir ? Mais un cheval ou un chien adultes sont incomparablement plus rationnels, et aussi ont plus de conversation, qu'un nourrisson d'un jour, d'une semaine ou même d'un mois. Et s'il en était autrement, qu'est-ce que cela changerait ? La question n'est pas : « Peuvent-ils raisonner ? », ni : « Peuvent-ils parler ? », mais : « Peuvent-ils souffrir ? »

Dans ce passage, Bentham désigne comme caractéristique essentielle devant déterminer si un être a ou non droit à l'égalité de considération des intérêts, sa capacité à souffrir. Cette capacité — ou, plus rigoureusement, la capacité à souffrir et /ou à éprouver du plaisir ou du bonheur — n'est pas une simple caractéristique comme une autre, comparable à la capacité à parler ou à comprendre les mathématiques supérieures. (...) La capacité à souffrir ou à éprouver du plaisir est une condition nécessaire pour avoir un intérêt quel qu'il soit au départ, elle est une condition qui doit être remplie faute de quoi cela n'a aucun sens de parler d'intérêts. Cela n'a aucun sens de dire qu'il est contraire aux intérêts d'une pierre de recevoir le coup de pied d'un enfant. Une pierre n'a pas d'intérêts, parce qu'elle ne peut pas souffrir. Rien de ce que nous pouvons faire ne peut avoir de conséquence pour son bien-être. Une souris, au contraire, a un intérêt à ne pas être tourmentée, parce que si on la tourmente, elle souffrira.

Si un être souffre, il ne peut y avoir de justification morale pour refuser de tenir compte de cette souffrance. Quelle que soit la nature de l'être qui souffre, le principe d'égalité exige que sa souffrance soit prise en compte autant qu'une souffrance similaire — pour autant que des comparaisons grossières soient possibles — de tout autre être. Dans le cas où un être n'est pas capable de souffrir, ou de ressentir de la joie ou du bonheur, il n'y a rien à prendre en compte. C'est pourquoi c'est la sensibilité (pour employer cette expression courte, mais légèrement inexacte, pour parler de la capacité à souffrir et /ou à ressentir le plaisir) qui seule est capable de fournir un critère défendable pour déterminer où doit s'arrêter la prise en compte des intérêts des autres. Limiter cette prise en compte selon tout autre critère, comme l'intelligence ou la rationalité, serait la limiter de façon arbitraire — pourquoi choisir tel critère plutôt qu'un autre, comme la couleur de la peau ?

Les racistes violent le principe d'égalité en accordant plus de poids aux intérêts des membres de leur propre race, quand ces intérêts sont en conflit avec ceux des membres d'une autre race. De même, les spécistes permettent aux intérêts des membres de leur propre espèce de l'emporter face à des intérêts supérieurs des membres d'autres espèces.

Si la thèse de l'égalité animale est fondée, quelles en sont les conséquences ? Cette thèse n'implique pas, bien évidemment, qu'il faille accorder aux animaux tous les droits que nous estimons devoir accorder aux humains — par exemple, le droit de vote. La thèse de l'égalité animale défend l'égalité de considération des intérêts, et non l'égalité des droits. Mais qu'est-ce que cela signifie exactement en pratique ? Il faut ici entrer un peu dans le détail.

Si je gifle vigoureusement un cheval sur son flanc, il sursautera peut-être, mais on peut supposer que sa douleur sera faible. Sa peau est assez épaisse pour le protéger d'une simple gifle. Si par contre je gifle un bébé avec la même force, celui-ci pleurera et sans doute souffrira, sa peau étant plus sensible. Il s'ensuit qu'il est plus grave de gifler un bébé qu'un cheval, si les deux gifles sont de même force. Il doit néanmoins y avoir une façon de frapper un cheval — je ne sais pas exactement laquelle, peut-être avec un gros bâton — qui lui occasionnera autant de douleur qu'en occasionne une gifle à un enfant. C'est là ce que j'entends par « même quantité de douleur » ; et si nous considérons qu'il est mal d'infliger sans raison valable cette quantité de douleur à un enfant, alors nous devons, si nous ne sommes pas spécistes, considérer comme tout aussi mal d'infliger sans raison valable la même quantité de douleur à un cheval.

(...) On peut objecter qu'il est impossible de faire des comparaisons entre les souffrances ressenties par des membres d'espèces différentes, et que, par conséquent, quand il y a conflit entre les intérêts des animaux et ceux des êtres humains, le principe d'égalité ne peut nous guider. Il est sans doute effectivement impossible de comparer avec précision la souffrance de membres d'espèces différentes ; mais la précision n'est pas essentielle. Même si nous ne devions cesser de faire souffrir les animaux que dans les cas où il est tout-à-fait certain que les intérêts des êtres humains n'en seront pas affectés dans une mesure comparable à celle où sont affectés les intérêts des animaux, nous serions obligés d'apporter des changements radicaux dans la façon dont nous les traitons — lesquels changements concerneraient notre régime alimentaire, les méthodes employées en agriculture, les procédures expérimentales utilisées dans de nombreux domaines scientifiques, notre attitude envers la faune sauvage et la chasse, le piégeage des animaux et le port de la fourrure, ainsi que des domaines récréatifs comme les cirques, les rodéos et les zoos. Et ainsi serait évitée une quantité énorme de souffrance.

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05 juillet 2008

Spécisme et protection de l’environnement

Je retranscris des extraits d'un excellent article. Article que j'aurai aimé rédiger tant je le trouve pertinent, mais il serait bien inutile d'en faire un mauvais plagiat.

La libération animale est parfois associée à la protection de l'environnement. (...) Certaines associations de protection de l’environnement jouent sur la sympathie qu’on peut avoir pour la Nature et les animaux, comme si protéger un orang-outang revenait à protéger un arbre.(...). Pourtant, il me semble que considérer la libération animale comme une forme de protection de l’environnement est injustifié et même franchement néfaste, parce que la protection de l’environnement et l’écologie ne s’intéressent pas aux intérêts individuels des animaux mais à la valeur écologique qu’ils présentent.

  • Spécisme et protection de l’environnement

Le problème avec la protection de l’environnement, c’est son spécisme : elle ne tient compte que des intérêts des humains, intérêts à avoir un environnement propre, équilibré, à avoir des ressources durables et diversifiées. Ainsi, même quand des animaux sont protégés, ce n’est pas dans leur propre intérêt mais parce qu’ils présentent une utilité écologique pour les humains. Ça explique pourquoi un koala, par exemple, est protégé et pas un vulgaire rat d’égout : ce n’est pas vraiment parce qu’il vaut mieux, d’un point de vue moral,(...) mais parce que l’espèce koala est en voie de disparition et qu’il convient de préserver une certaine diversité des espèces dans l’environnement des humains. En fait, dans la protection de l’environnement, ce n’est même pas l’animal en lui même qui est protégé, car un seul animal n’a pas grand intérêt, mais l’espèce ou l’écosystème auquel il appartient. C’est parce que l’espèce " koala " est menacée qu’elle est protégée : s’il y avait autant de koalas que de rats qui traînaient dans les égouts, ils ne seraient pas privilégiés et se feraient " dékoalaisés " tout aussi légalement que les rats se font dératisés.

L’intérêt, anthropocentrique, à conserver les écosystèmes ou les espèces, explique pourquoi Greenpeace, par exemple, dépense des millions pour sauver quelques baleines mais ignore totalement le sort des milliards d’autres animaux tués inutilement chaque année (...) dans le cadre de la protection de l’environnement, comme dans le reste de notre société, le spécisme règne : seul le bien-être humain importe et celui des autres animaux est négligé.

(...)

Cependant, il est clair que la protection de l’environnement n’est pas mauvaise en soi. Je crois juste qu ’il ne faut pas la confondre avec la libération animale dont les objectifs sont différents. Je pense que cette différence tient dans la prise en compte de la sensibilité : Il s'agit d'une part de défendre des êtres sensibles qui ont une vie à eux et qui sont capables d'être heureux, de leur donner des droits dans leurs propres intérêts. D'autre part, c’est un environnement, un ensemble de ressources, un milieu de vie qui n’ont pas de valeur en eux-mêmes, mais qu’on protège parce qu’ils en ont pour nous et notre avenir. Si je trouve qu’il est important de bien faire cette distinction, c’est, premièrement, pour trancher avec le spécisme de la protection de l’environnement actuelle, qui ne considère les animaux que par l’utilité écologique qu’ils ont, comme de simples ressources, sans tenir compte de leurs propres intérêts. Mais aussi pour éviter l’assimilation de la libération animale à l’écologie.

  • La Nature, ce merveilleux paradis…

(...) selon l’écologie, ce qui importe est la préservation de la Nature : vous savez cette sorte de Tout bienfaisant et sacré, ce merveilleux paradis où les animaux s’entretuent pour tenter de survivre, où l’équilibre est conservé à coup d’épidémies, de prédations, de famines ou autres fléaux naturels. Que les lièvres souffrent ou pas, peu importe, ce qui compte c’est l’Equilibre écologique, la survie des espèces, les individus en eux-mêmes n’ont pas d’importance. Sauf évidemment, spécisme oblige, ceux des êtres humains : préserver l’Ordre Naturel, OK, mais il ne faudrait tout de même que ça nuise à l’Humanité ! Les lois naturelles (prédation, sélection naturelle,…) c’est bien mais pour les animaux ! (...) Cette volonté des écologistes de vouloir maintenir l’équilibre naturel, sauf quand il contrarie l’Humanité, est bien pratique, ça permet aux humains de conserver leur domination sur le reste de la nature, en prétextant qu’elle est naturelle, sans avoir à subir de contrainte de cet Ordre Naturel. (...)

Cette manière de s’extraire de la Nature pour mieux la dominer est souvent justifiée par des arguments humanistes du genre : “oui, mais les humains, c’est pas comme les animaux, nous sommes des êtres de culture alors que les animaux sont des êtres de nature”. (...) Il y a aussi ceux qui affirment que, comme nous, humains, sommes naturellement supérieurs aux animaux, il est naturel pour nous de les exploiter. Ce n’est qu’une justification de la loi du plus fort, (...)

Pour terminer, je veux quand même insister sur le fait que je pense que la protection de l’environnement est évidemment une bonne chose. Seulement, elle ne devrait pas se limiter à garantir le bien-être des humains en considérant les autres animaux uniquement comme des ressources et en ignorant systématiquement leurs intérêts. Elle ne devraient pas non plus se contenter de protéger les espèces ou les écosystèmes . Elle devrait plutôt prendre en compte le bien-être de chaque individu et protéger, sans le sacraliser, le milieu de vie de tous les êtres sensibles de la terre, sans faire de distinction d'espèce, sans donner la priorité à l'une ou à l'autre.

Source: Tôt ou tard

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25 juin 2008

L'antispécisme dans la pratique

Dans la pratique, il s'agit de ne pas faire aux animaux ce que l'on refuse de faire aux humains. Les hommes doivent donc cesser toute activité comme les corridas, les zoos, la chasse, mais aussi cesser d'expérimenter sur eux et bien sur de s'en nourrir.

La philosophie antispéciste se veut rationnelle et exclut donc toute notion subjective d'amour des animaux dans ses considérations. Il ne s'agit pas de privilégier un chat plutôt qu'un porc ou un serpent; les animaux doivent être défendus parce qu'ils ne doivent pas souffrir, indépendamment du fait qu'ils soient sympathiques ou non. Le but est non seulement de dénoncer la prétendue supériorité de l'espèce humaine sur les autres espèces, mais aussi, les inégalités de traitement des humains vis à vis des différentes catégories d'animaux.

Ce souci de rationalité se traduit dans la pratique. Puisque les animaux élevés pour l'alimentation sont de loin les plus nombreux, les plus misérables, et souvent trop peu considérés par les organisations traditionnelles de défense des animaux, ils sont l'objet principal de l'attention des antispécistes. Ils sont suivis par les animaux de laboratoires. La libération animale se présente comme le prolongement logique des mouvements antiracistes, féministes... Les partisans de l'abolition de l'esclavage ne l'étaient pas parce qu'ils "aimaient" les noirs, mais parce qu'ils jugeaient anormal que des individus s'attribuent des droits (grâce à leur force) et les refusent à d'autres. Il en va de même pour l'antispécisme.

Comme le font fréquemment remarquer les philosophes antispécistes, de nombreuses personnalités ayant marqué la lutte contre l'esclavage au XIXème siècle, en Angleterre et en France, étaient aussi des précurseurs des droits des animaux (William Wilberforce, Victor Schoelcher). Ils ne manquaient pas de faire le parallèle entre ces thèmes, considérés comme les mêmes manifestations de l'exploitation des faibles par les plus forts.

Lien: critiques de l'anti-spécisme

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16 juin 2008

Antispécisme: définition

J'inaugure une nouvelle catégorie intitulée anti-spécisme. Mais je pense que ce mot, peu utilisé dans le langage courant nécessite une petite mise au point.

L'antispécisme affirme que le critère de l'espèce à laquelle appartient un être n'est pas, en soi, moralement pertinent pour décider de la manière dont on doit le traiter, du respect qu'on lui doit, des droits qu'on doit lui accorder, etc. Il s'ensuit que l'antispécisme s'oppose à l'exploitation et la maltraitance des individus d'autres espèces de la part des humains. En particulier, la consommation de la viande, qui implique de tuer des animaux, et, en pratique, de les soumettre à des conditions d'élevage qui ne tiennent pas compte de leurs intérêts, est remise en cause. Au-delà de telles conséquences pratiques, le rejet du spécisme est souvent vu comme porteur d'implications philosophiques, culturelles et politiques profondes. 

L'égalité que prône l'antispécisme concerne les individus, et non les espèces. Les intérêts des individus (à vivre une vie heureuse, à ne pas souffrir) doivent être pris en compte de manière égale, indépendamment de l'espèce de ces individus. L'espèce peut intervenir, mais uniquement dans la mesure où il en résulte quelque caractéristique pertinente pour la détermination des intérêts. Ainsi, les antispécistes ne prônent pas nécessairement une égalité de traitement ou une égalité des droits. Les différences de traitement ou de droits ne sont cependant justifiables qu'en fonction de caractéristiques individuelles, et non collectives.

L'antispécisme n'implique aucun discours sur les « intérêts des espèces » ; L'antispécisme ne s'offusque pas particulièrement de la disparition d'une espèce ; l'intérêt à vivre de la dernière baleine bleue n'est pas plus important que celui de chacun des centaines de millions de poulets qui sont abattus chaque jour.

La revue Les Cahiers antispécistes définit ainsi son combat :

"En pratique, le spécisme est l’idéologie qui justifie et impose l’exploitation et l’utilisation des animaux par les humains de manières qui ne seraient pas acceptées si les victimes étaient humaines. Les animaux sont élevés et abattus pour nous fournir de la viande ; ils sont pêchés pour notre consommation ; ils sont utilisés comme modèles biologiques pour nos intérêts scientifiques ; ils sont chassés pour notre plaisir sportif. La lutte contre ces pratiques et contre l’idéologie qui les soutient est la tâche que se donne le mouvement de libération animale."

Peter Singer précise, dans son livre La Libération animale :

"Je soutiens qu'il ne peut y avoir aucune raison — hormis le désir égoïste de préserver les privilèges du groupe exploiteur — de refuser d'étendre le principe fondamental d'égalité de considération des intérêts aux membres des autres espèces"

Source: Wikipédia

Posté par Caro_29 à 11:29 - Antispécisme - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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